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La musique

Le Dhrupad, un idéal formel
La tradition instrumentale







La déesse Sarasvati,
Jaipur,
vers 1800,
Jaipur,
collection
Sangram Singh
 

Le Dhrupad, un idéal formel
 
 

Le concept de raga qui a émergé il y a plus d'un millénaire ne peut être réduit en une brève définition. Il s'agit d'un concept ouvert au sein duquel l'association d'un raga spécifique avec un état émotionnel particulier, une saison ou un moment de la journée, est aussi importante que sa structure mélodique. Le mot raga dérive de la racine sanscrite ranj qui signifie: "ce qui affecte ou ce qui colore l'esprit et qui procure du plaisir".
Bien plus précis et plus riche qu'un simple mode, il peut être regardé comme un cadre mélodique approprié à la composition et l'improvisation, une entité musicale dynamique possédant une forme unique, incarnant une seule idée musicale. Constitué d'une échelle fixe, un raga possède un certain nombre de traits particuliers comme l'ordre d'apparition et le niveau de hiérarchie qui existe entre ses intervalles, l'importance et la durée de chaque note ou encore l'approche spécifique parfois nécessaire à leur apparition. Lorsque des raga possèdent des échelles identiques, ces caractéristiques musicales permettent de les différencier.

La voix a toujours été considérée en Inde comme souveraine. La bin, ainsi que la vièle sarangi ou encore la flûte bansuri, sont très certainement les seuls instruments possédant des capacités d'expression qui en sont proches et c'est à ce titre que la bin fut autrefois associée au chant dhrupad. Ce genre musical qui émergea au 15e siècle à la cour du Raja Man Singh Tomar de Gwalior était composé de textes poétiques écrits en hindi médiéval. Le dhrupad connut son épanouissement aux 16e et 17e siècles durant le règne des premiers empereurs moghols et illustre à merveille le développement d'un raga dans ses deux grands mouvements que sont l'alap et le bandish (composition).
L'alap se décompose lui-même en trois parties: l'alap proprement dit, prélude non mesuré durant lequel le musicien construit lentement et très systématiquement l'édifice musical dans lequel va s'incarner le raga; le jod, qui reprend un déroulement temporel proche de celui de l'alap mais qui est caractérisé par l'apparition d'une pulsation binaire et enfin le jhala, partie où le tempo s'accélère et qui repose sur l'imbrication de phrases mélodiques avec un ensemble de cellules rythmiques souvent syncopées. Vient ensuite une composition durant laquelle le musicien interprète un thème fixe suivi de variations improvisées, inscrite dans un cycle rythmique donné. Il est accompagnée par un tambour horizontal à deux faces, le pakhavaj qui improvise également librement sur le thème.

Le timbre de la bin, ses profondes résonances et l'étendue de ses glissandi lui confèrent des capacités exceptionnelles pour exprimer au mieux les différentes parties d'un raga dans ce genre dhrupad. Mais si l'interprétation d'un raga obéit à un certain nombre de règles strictes, les binkar ont développé au cours des siècles des styles de jeu bien distincts les uns des autres.

Les extraits musicaux ici proposés font écho au riche héritage de cette tradition instrumentale ainsi qu'aux différents styles de jeu tels qu'ils existaient encore au cours des cinquante dernières années.

 
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