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Les musiciens

La période mogholeLa transmissionL'héritage de Bande Ali Khan





Procession
à l'occasion du mariage
du Prince Shah-Shuja,
attribué à Bhola,
vers 1635,
Windsor,
The Royal Collection
(détail)
 

La période moghole
 
 

Ce portrait en pied d'Ali Khan Karori est l'oeuvre du célèbre Mansur, l'un des peintres favoris de l'empereur Akbar (r. 1556-1605).
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Naubat Khan Kalawant
par Mansur, école moghole, vers 1600
 
Également connu sous le nom de Sammokhan Singh ou Misri Singh, Ali Khan Karori reçut de Jahangir (r. 1605-1627), le fils d'Akbar, le titre honorifique de Naubat Khan qui lui octroyait l'intendance de l'orchestre impérial.

Seuls les personnages de haut rang de la cour avaient le privilège d'être représentés seuls ou au sein d'une assemblée par les peintres de la cour et Ali Khan Karori est l'un des très rares musiciens, avec l'illustre chanteur- compositeur Tansen, a avoir fait l'objet d'un portrait individuel.
Selon la tradition orale, il fut le fondateur d'une prestigieuse lignée de binkar qui se perpétua jusque dans le courant du XIXe siècle.

L'Ain-i Akbari (1593), chronique impériale écrite sous le règne d'Akbar par Abul Fazl 'Alami, mentionne deux joueurs de bin originaires de Gwalior, Shihab Khan et Purbin Khan, ce dernier étant le fils du célèbre chanteur Nanak Jarju. Le nom d'Ali Khan Karori n'apparaît à aucun moment dans ce texte, ce qui laisse penser qu'il n'avait pas encore rejoint la cour d'Akbar lors de la rédaction de l'Ain-i Akbari.
Une autre source importante, le Rag-darpana écrit par Faqirullah en 1666, donne de courtes biographies de musiciens attachés aux cours des empereurs Shah Jahan (r. 1627-1658) et Aurangzeb (r. 1658-1707).
Le plus respecté de ces musiciens, Sheikh Bahauddin Barnawi, était, selon Faqirullah, un ascète fervent adepte du soufisme qui vécut dans le renoncement jusqu'à l'âge de 117 ans. Joueur de rabab et de bin, il possédait une exceptionnelle connaissance de la musique qui attirait auprès de lui de nombreux disciples.

Faqirullah mentionne ensuite Saras-Bin Khan, fils et petit-fils de binkar ayant servi sous Jahangir et Akbar. Sa maîtrise de la bin et son talent en firent l'un des musiciens favoris d'Aurengzeb.
Un autre joueur de bin, Mohammad Khan, reçut de l'empereur le titre de Ras-Bin (littéralement la "saveur" de la bin) en raison de la délicatesse de son jeu.
Na'mat Khan qui fut l'un des plus influents musiciens du18e siècle, connut une brillante carrière de chanteur-compositeur et binkar sous le règne de l'empereur Muhammad Shah (r. 1719-1748).
Sous le pseudonyme de Sadarang, Na'mat Khan écrivit de nombreuses compositions toujours interprétées de nos jours dans les genres dhrupad et khyal.

Dargah Quli Khan, un jeune noble deccani qui séjourna à Delhi entre 1737 et 1741, eut l'occasion d'entendre Na'mat Khan jouer de la bin.
Il écrivit: "Lorsqu'il commence à jouer de la bin, lorsque les notes qui s'en dégagent dévoilent leurs sortilèges, l'assemblée entre dans un état second (...) Na'mat Khan est familier avec tous les aspects de la musique. Il est regardé comme sans rival et il est l'orgueil des habitants de Delhi." (Khan 1933: 66-67; Miner 1993: 85).
Au début du 19e siècle, les colons britanniques et anglo-indiens aisés prirent pour habitude de commanditer auprès de peintres locaux, des séries de portraits dans un style occidentalisé qui donna naissance à une école appelée "Company school".

Parmi les sujets représentés figurent musiciens et courtisanes de l'époque. Le Colonel anglo-indien James Skinner était l'un des personnages influents de Delhi et entretenait chez lui danseuses et musiciens. Il fit réaliser par un artiste de renom un album dans lequel figure le portrait d'un binkar aveugle,
Miyan Himmat Khan Kalawant.

Ce musicien demeure énigmatique mais son titre de kalawant, exclusivement réservé aux chanteurs de dhrupad et aux joueurs de bin, indique néanmoins qu'il appartenait au rang le plus haut parmi les musiciens professionnels.
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Miyan Himmat Khan Kalawant,
page du Tasrih al-aqvam,
par Ghulam Ali Khan (?), 1825
 
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